
Puis venait la récolte du maïs et c'était l'occasion de faire de bonnes veillées. Les voisins venaient nous aider à "dépeiller". Nous étions quelques fois 15 autour du tas de panouilles.
La MIOU
Avant d’entrer dans les détails, je voudrais, amis, lecteurs, essayer de décrire à la génération nouvelle ce qu’était autrefois le 15 août, du moins depuis 1925, date à laquelle je suis arrivé à Treffort.
Unique fête annuelle, elle attirait une foule de badauds. Je me souviens de l’intense activité qui régnait dans le village ce jour-là. C’était une époque où les gens travaillaient en moyenne 60 à 70 heures par semaine, mais dès qu’arrivait la vogue tous se détendaient, sympathisaient, s’amusaient avec le peu d’argent dont ils disposaient. Il y en avait pour tous les âges et pour tous les goûts. Sur le champ de foire, manèges de chevaux de bois, pousse-pousse, stand de tir des sapeurs-pompiers, jeux de quilles et autres, rondeau ou garguillon, cotoyaient un grand bal monté qui ouvrait à 18 heures, après le concert de la fanfare, pour se terminer tard dans la nuit. Il y avait aussi bien sûr, comme maintenant un feu d’artifice. Le lendemain, c’était les jeux d’enfants et pour le « retour », le bal des couples.
Je revois encore Louis Girod et Auguste Cotton transportant brioches et galettes pour ravitailler les cafés-restaurants. Le matin, il se buvait force tournées d’apéritifs et l’après-midi, il fallait être acrobate pour trouver une place dans les salles ou aux terrasses des cafés où l’on dégustait la galette tout en se désaltérant avec un pot de rouge.
Le soir, cuisinier et cuisinière s’affairaient autour de leurs fourneaux pour rassasier la nombreuse clientèle venue pour souper. Et puis progressivement et notamment après la guerre, la fête du 15 août a perdu de son importance.
Aujourd’hui, les manèges et le bal sont toujours là, mais où est l’ambiance d’autre fois ?
Histoires de courses – René Chapelut – Ventres Jaunes et Cavets 1995 P.6

La fin de I'été
Au pied de la tour du Renard, Félix Rousset s’apprête à battre son blé. Pieds nus, pantalon retroussé et serré à l-a taille sur la chemise de grosse toile de chanvre, notre homme prépare l’aire, le « suet », en attendant l’arrivée des amis et des voisins qui vont l’aider pour cette battaison.
- Tiens, salut père Louis, vous êtes matinal !
- Toi aussi. Comment va ton frère ? Bonnes nouvelles ?
- Très bonnes, il navigue vers Marseille" Je suis content de le revoir après quinze ans d’absence !
Tout ému à la pensée de ce retour, Félix a sorti un vaste mouchoir à carreaux gris et jaunes pour éponger la sueur, mê1ée de poussière, qui suinte de sa face maigre. Mais il n’aura pas 1e temps d’évoquer le souvenir un peu flou de son frère, le douanier : voici les voisins qui arrivent, eux aussi pieds nus, sous le pantalon retroussé.
Tous les six, face à face, pendant des heures, ils vont arracher l’enveloppe du grain doré, à grands coups de fléaux.
En cadence, ceux-ci ont commencé leur travail : maniés par les mains rugueuses, i1s brisent le « ballot », projetant de fines particules sur les épis éclatés. Les hommes transpirent ; par instants, i1s s’arrêtent pour boire goulûment au tonnelet de vin rouge, mis au frais dans l’abreuvoir du Carrouge.
Puis, ils retournent encore une fois les gerbes, pour les battre de nouveau, dans un nuage de poussière chaude et blonde. Travail épuisant par cette chaleur". La paille craquante s’est séparée du grain qui s’éparpille et s’entasse. Tout à l’heure, passé au crible à manivelle, le « cueblou », il retrouvera sa propreté originelle, avant d’être mis en sac.
Ventre Jaunes et cavets - François et son village en été (extraits).



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